Les allées Paul Riquet

Ce sont les anciens fossés de la cité qui furent comblés au début du XIXième siècle pour devenir la promenade que nous conaissons aujourd’hui. Le vendredi, le marché aux fleurs agrémente les Allées de ses couleurs et ses parfums pour le plus grand bonheur des passants.

Bref historique

  • 1769 : Une grande promenade urbaine, la « Passejada » est bordée d’acacias.
  • 1827 : Démantèlement des remparts de la citadelle proche (place Jean Jaurès actuelle)
  • 1838 : Installation de la statue Paul Riquet.
  • 1857 : Les Allées se nomment « promenade du théâtre », ce dernier ayant été érigé en 1844.
  • 1868 : Plantation de platanes. Le nom « Allées Paul Riquet » est adopté.
  • 1907 : Les soldats mutins du 17e de ligne occupent les Allées et fraternisent avec les Biterrois.

Depuis 1868, cette promenade est intitulé comme “Les allées Paul Riquet”. Fin 18ième siècle, c’était “la Promenade” et en 1857 “la Promenade du Théâtre”. Plantées d’acacias à l’origine, elle devinrent le lieu de rencontre des Biterrois.

La partie basse des allées, en dessous de la statue Paul Riquet (érigée en 1838), fut aménagée plus tard. Elle portait le nom de “la promenade des Poêtes” fin XIXème, “la promenade du fer à cheval” en 1856, “boulevard des Thémines” fin XVIIIème, “boulevard de la porte des Jacobins” ou “boulevard de Montpezat” au XVIème.

Alors les Allées Paul Riquet furent construites en 1827, par le comblement des fossés des anciens remparts (ils ont ceinturé la ville jusqu’au XVIIe siècle).

Les Allées furent, et restent, le lieu par excellence des déambulations biterroises : ne serait-ce que pour profiter des couleurs du marché aux fleurs, le vendredi matin.

A la pointe nord se trouve le théâtre municipal. A la pointe sud, l’entrée du plateau des Poètes, et au milieu, la statue de Paul Riquet (sculptée par David d’Angers en 1838), créateur du Canal du Midi. Paul fait face à la place Jean-Jaurès, autrefois “place de la citadelle”, où s’élevait le château fortifié du vicomte Trencavel, suzerain de Béziers.

Les Allées marquent aussi la frontière entre la ville antique, médiévale et classique et la “ville nouvelle” qui s’est développée à partir de la moitié du XIXe siècle, avec la grande prospérité viticole.

Né probablement le 29 juin 1609 à Béziers (pas d’acte de naissance), Pierre Paul Riquet est mort à 71 ans, le 1e octobre 1680 à Toulouse. Il y est enterré dans la cathédrale Saint-Etienne. Ses ancêtres seraient d’origine Florentine (branche Arrighetti) et Provençale (branche Riquetty) qui donnera la famille Riquet, comte de Camaran.

Le père de Paul était notaire, procureur du Roi et surtout homme d’affaire très habile. Il poussera son fils à entrer dans l’administration des gabelles car il sait que cette voie peur être une source d’enrichissement rapide pour lui.

Il se marie en 1637 à l’äge de 33 ans, avec Catherine de Milhau, fille d’une famille bourgeoise de Béziers. Ils auront cinq enfants; 2 garçons, Jean-Mathias et Pierre Paul, ainsi que 3 filles, Catherine, Marthe et Anne. Ils s’installent à Rével où il exerce sa fonction de fermier des gabelles, tâche qui consiste en la collecte de l’impôt sur le sel. C’est là que va naître puis mûrir son projet de Canal. Pendant plus de 20 ans, il amassera une fortune importante grâce à la ferme des gabelles mais aussi en tant que munitionnaire de l’armée de Catalogne.

En 1661, c’est un homme riche. Il possède de nombreux appartements et droits sur les biens de la communauté de Revel, dont il est Juge Royal. Il est baron de la seigneurerie de Bonrepos, à côté de Verfeil où il possède 60 ha de forêts de Chênes, 150 ha de bois et de terres, 4 métairies, sans oublier une demeure à Toulouse, dans le Quartier des Puits-Clos.

De grandes qualités habitent cet homme: travailleur infatigable, doué d’une formidable imagination, audacieux, enthousiaste, il est aussi servi par un sens aigu de l’observation et une grande sûreté de jugement. Il allie un esprit d’entreprise prononcé, à une grande capacité à mener les hommes. Sa spontanéité et sa franchise le servent tout au long de son existence. Avant tout homme d’affaire, il est fin calculateur, respectueux de la légalité. Sa sagesse l’aide face à ses détracteurs ainsi que son humanité. L’homme est têtu, tenace et solitaire.

Lorsqu’une certitude le tient, il n’en démord pas, et passe outre les interdits, c’est le cas pour le percement du tunnel de Malpas, pour l’arrivée à l’étang de Thau, ou encore pour le parcours le long de l’Aude. Il n’apprécie pas de partager les responsabilités et assume seul ses engagements.

Riquet était aussi un précurseur dans le domaine des droits des travailleurs. Il mit en place pour les ouvriers qui travaillaient sur les chantiers du Canal ce que l’on peut considérer comme l’ancêtre de la sécurité sociale. Les ouvriers étaient payés 10 livres par mois ce qui était bien supérieur aux salaires qu’ils auraient pu espérer pour la même tâche par ailleurs. Les jours de repos (jours fériés, dimanches et jours de pluie) n’étaient pas déduits. Un logement était fourni pour une somme très modique. Les ouvrieers tombant malade étaient payés, comme si ils travaillaient, pendant le temps de leur maladie. Les instruments de travail étaient fournis à l’enrôlement, à charge à chacun d’entretenir son matériel.

Ces conditions de travail impensables au XVIIème siècle comme l’assurance maladie et des salaires élevés n’ont pas fait que des amis à Riquet parmi les entrepreneurs de la région, les ouvriers se prenant à rêver à de telles conditions dans les autres chantiers.

Exrait de “Histoire de Béziers ou recherches sur la province de Languedoc”

Le Languedoc n’eut pas à se plaindre pendant le 17e siècle. Par le génie d’un enfant de Béziers, cette province vit un superbe et majestueux canal unir la Méditerranée à l’Océan. Une prospérité jusqu’alors inconnue ne tarda pas à régner dans tout le midi de la France; on bénit la mémoire de l’homme, dont toute la fortune fut consacrée à l’accomplissement
d’une oeuvre, qui devait multiplier les richesses du Languedoc, en ouvrant à ses productions des débouchés faciles; le nom de Riquet se grava dans les coeurs, et le nombre des années n’en a pas affaibli le souvenir.

Aux applaudissements universels, vinrent se joindre les applaudissements bien plus significatifs encore de la ville , où naquit l’immortel Riquet. Quels furent les transports de ses concitoyens, quand Colbert chargea, l’an 1681, les grands dignitaires de la province, d’ouvrir le réservoir de Saint-Ferréol et de parcourir le canal dans toute son étendue. Le conseil de la ville s’assembla pour aviser aux moyens de célébrer avec pompe ce glo rieux événement.
Le 24 mai , le son des cloches, le bruit du canon, annoncèrent la fête. A ce signal, les diverses corporations des arts et métiers déploient leurs étendards; les marchands montent à cheval et se pressent sous leurs bannières. Les consuls, en robe écarlate, se rendent à l’église cathédrale où Rotondis de Biscaras, évêque et seigneur de Béziers, officie lui-même en présence des membres des tribunaux de justice et des grands de la cité.

Des salves d’artillerie annoncent bientôt la sortie de l’église. Quel immense et majestueux cortége se dirige vers la porte Tourventouse ! Il s’arrête sur le plateau de Fonseranes. Le vénérable prélat, revêtu de ses habits pontificaux , donne sa bénédiction à l’onde limpide coulant avec majesté dans le nouveau canal; et puis, d’une voix forte, il entonne le Te Deum, chanté dès lors par la foule immense accourue à ce spectacle, que la nouveauté rendait encore plus intéressant.

Les regards se portaient naturellement sur les huit écluses qui font descendre l’eau du canal jus qu’à Béziers; ces travaux gigantesques, dont les Romains eussent été jaloux, excitaient la curiosité des assistants. On paraissait attendre un nouveau prodige, tant était grande l’attention de tous.

Enfin un point noir parut à l’horison ; des cris de joie partirent alors de tous côtés, puis le silence le plus profond régna jusqu’au moment où l’on aperçut très distinctement une barque royale. Coquettement parée, avec ses pavillons flottants, on la vit se balancer mollement à la surface des eaux, et quand elle fut plus rapprochée, une musique enchanteresse fit retentir les airs de ses sons harmonieux. Les flanes de cette chaloupe royale, tapissée au-dedans et parsemée de fleurs de lys d’or, étaient ornés des chiffres du roi et des armoiries de Béziers. A chaque écluse que franchis sait le navire, il était salué par la noblesse, par le clergé, par le corps des marchands , ou par les diverses corporations des arts et métiers. Enfin les consuls rendirent hommage, à leur tour, au génie créateur de tant de merveilles. Charles le Pul, littérateur distingué, fit, en leur nom, une éloquente et chaleureuse improvisation, dans laquelle il peignit fort heureusement les avantages incalculables,
dont la province allait bientôt jouir. (M. Henri Julia)

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