Le plateau des poètes

Le 23 juin 1867 était inauguré ce lieu emblématique, après moult négociations et péripéties.

Ce vaste parc à l’anglaise aménagé par les paysagistes Denis et Eugène Bühler et ouvert en 1867, rassemble de nombreuses statues de poètes et la monumentale « statue-cascade » du Titan par Injalbert. Il relie la gare aux allées Paul-Riquet où se trouve la grande statue en bronze du génial créateur du canal du Midi (Pierre-Paul Riquet) par le sculpteur David d’Angers, qui a également réalisé les bas reliefs qui ornent la façade néo-classique du théâtre municipal à l’italienne en haut de ces mêmes allées (1844).

Si l’inauguration en grande pompe date bien de 1867, l’histoire du lieu remonte bien plus avant. Philippe Marassé de la Société archéologique, témoigne : “Son histoire est liée à l’arrivée du chemin de fer. On va dire que ça a été le déclic, bien que le projet soit encore bien plus ancien puisqu’il remonte à la fin du XVIIIe siècle. Il s’agissait de relier la promenade (les Allées actuelles), dite du Fer-à-Cheval, à ce qu’on appelait déjà le plateau.

D’ici, s’offrait un superbe point de vue qui s’affaissait sur la plaine de l’Orb, là où la gare a été construite. Cette promenade était très prisée et tout un tas de projets se sont succédé.On en a reparlé en 1810, en 1812 (Béziers ne comptait alors que 16 000 habitants, NDLR), sans que les choses s’enclenchent et avant la destruction des remparts en 1830. Elles n’ont été sérieusement envisagées qu’à partir de 1840.

Un premier dessein est né en 1845 et un second, dressé par la municipalité, en 1851.Puis, compte tenu de la topographie, des problèmes pratiques se sont avérés évidemment.”

53 000 m2 POUR L’EQUIVALENT DE 1 793 €

La conception de ce lien essentiel entre les Allées et la gare s’est accélérée après les inaugurations du théâtre, œuvre de l’architecte Isabelle, le 20 août 1844, et, treize ans plus tard, de la gare le 2 avril 1857. Ces deux dates sont extrêmement significatives d’un contexte économique porteur, alors que des voyageurs se trouvaient contraints de prendre des chemins détournés ou de descendre de méchantes pentes peu aménagées pour accéder aux services de la Compagnie des Chemins de fer du Midi.

Pour ce faire, il a fallu procéder à des expropriations. Nombreuses et coûteuses pour la Ville, elles ont duré jusqu’à fin 1862, certaines étant même tranchées lors de procès. Dans les archives, on retrouve un extrait qui écrit : “ Le jugement d’expropriation a été pris le 27 septembre 1858. Ce sont les vendredi 26 et samedi 27 février qu’eurent lieu les séances agitées du conseil municipal.

Quant aux indemnités réclamées de 1 176000F pour les 53 000 m2 nécessaires, elles sont ramenées à 132000F, soit 2,19F au lieu de 22,19 F au m2.” Si ceci revient aujourd’hui, juste en convertissant l’ancien franc, à 1 792,69 €… il faut aussi souligner qu’un maçon touchait alors 70 F par mois à cette époque.

L’architecte du parc de la tête d’Or à Lyon

En septembre 1858, Antoine Fabregat, élu maire en décembre 1857, prend contact avec le célèbre architecte paysagiste Bühler (on lui doit le parc de la Tête d’Or à Lyon, les jardins de Tour, de Rennes, etc.) pour arrêter le plan définitif de la promenade. Des deux frères, ce serait à Eugène à qui l’on doit le plateau. Il est grassement payé 1 000F pour cela. En novembre 1861, le plan déposé par Bülher ne satisfait pas entièrement les élus de l’époque.Ils confient le tout à l’architecte Vivier.Il condamne le jardin botanique et la construction d’un café, réduit les pentes à 6 ou 8 %, des lacs sont prévus en supplément..

La réalisation coûterait 70 000 F en trois ans. En janvier 1862, les travaux n’ont pas commencé, ils sont revus à 120 000 F, les nivellements ne sont pas déterminés, l’eau pose problème… En mai 1863, la vision de Vivier est refusée. Le 11 octobre de la même année, la commission dépose enfin son rapport à la séance du conseil. Le plan définitif est conforme à celui de Bülher. L’adjudication est donnée à l’entreprise Cœur d’Acier pour un montant de 65238, 84F. 

15 000 personnes à l’inauguration

Après bien d’autres péripéties, la tradition veut que le plateau des Poètes ait été inauguré le dimanche 23 juin 1867, une veille de Saint-Jean par le maire Lagarrigue et Mme Poitevin à bord de sa montgolfière. 15 000 personnes sont présentes pour une cérémonie fastidieuse dont les frais ne seront pas couverts. L’histoire raconte également que la dame aurait mal négocié son atterrissage. Les archives des services Espaces verts précisent : “ Les Lignanais agitèrent leurs mouchoirs et crièrent de toutes leurs forces pour alerter la célèbre aéronaute.Elle jeta du lest et put enfin atterrir près du village. Très pâle, Mme Poitevin descendit de son engin et il paraît qu’elle reprit des couleurs grâce à un bon verre de vin de Maraussan.” À lire demain : de la fontaine du Titan au théâtre de Verdure, état des lieux du plateau.

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http://www.midilibre.fr – CYRIL CALSINA

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