Avenue Gambetta

La gare comme porte d’entrée

Bordé par le Jardin des Poètes à l’est, le quartier Garibaldi-Gambetta est délimité au nord par la place Jean-Jaurès, à l’ouest par les rampes menant au quartier Saint-Jacques et au sud, par la gare de Béziers. Cette dernière constitue la porte d’entrée principale du quartier. À l’angle de l’avenue Gambetta et de la rue Alfred-de-Vigny, en contrebas immédiat de la place Garibaldi – le centre névralgique du quartier – une immense fresque le rappelle.

Surplombée de l’inscription “Arrivée du train en gare du Midi, Béziers 1857”, elle représente une locomotive noire fumante ornée de drapeaux tricolores. Cette porte d’entrée devrait d’ailleurs subir d’importants bouleversements dans les années à venir, avec la création d’un pôle multimodal estimé à plusieurs dizaines de millions, cofinancé par l’Agglo, l’État, la Région, le Département, la Ville, SNCF et ses filiales. Suspendu aux tergiversations de l’État et de la SNCF quant au tracé de la future ligne à grande vitesse reliant Montpellier à Perpignan, ce pôle devrait à terme “créer une véritable articulation urbaine entre la gare et le centre-ville”, à l’aide d’une offre de transport accrue favorisant notamment les déplacements dits “doux”.

Des aménagements appelés à rejaillir positivement sur le quartier Garibaldi-Gambetta. Des programmes de rénovation immobilière de « grand standing » sont d’ores et déjà prévus face à la gare.

Béziers : quartier Garibaldi-Gambetta, les oubliés du bas de la rampe des Poilus

Cosmopolite et populaire, Garibaldi-Gambetta reste un quartier bien vivant avec ses commerces quasiment toujours ouverts et ses habitants qui vivent beaucoup dans la rue. Situé dans la zone prioritaire de la Politique de la ville, il n’en bénéficie pas vraiment.

Ici, à Garibaldi-Gambetta, comme dans les autres quartiers du centre-ville, dans les années 90, de nombreux propriétaires se sont retrouvés dans l’impossibilité financière d’entretenir leurs biens. Peu de Biterrois se sont montrés intéressés et ce sont des investisseurs d’origine turque ou maghrébine qui ont acheté.

Ils ont beaucoup loué à des personnes bénéficiant de l’allocation logement. Ce phénomène et la construction des HLM ont donné un quartier populaire et coloré.

Les boucheries halal et les marchands de fruits, légumes et autres épices ont pignon sur rue et sont ouverts tous les jours, tout comme la restauration et la pâtisserie arabe. Tout Béziers sait où trouver un bon méchoui ou des cornes de gazelles.

Peu d’infrastructures

Situé juste en bas de la rampe des Poilus, sous la place Jean-Jaurès, le quartier fait partie des oubliés du centre-ville. Peu visité par les élus, bénéficiant de peu d’infrastructures, il fait pourtant partie intégrante du quartier prioritaire de la Politique de la ville. Dans ce cadre-là, l’installation d’un city-stade, rue de l’Hortet, n’a pas remporté l’unanimité. “Il est entouré de rats et mal placé”, lâche un riverain.

Les enfants sont trop souvent livrés à eux-mêmes et deviennent la proie des dealers qui s’en servent de mules ou les incitent à écouler des faux billets chez les commerçants. Ces derniers aimeraient d’ailleurs qu’il y ait plus souvent un encadrement avec des éducateurs de rue.

Les forces de l’ordre, nationales comme municipales, sont quasi-invisibles et les habitants sont trop souvent obligés de se débrouiller par eux-mêmes.

Propreté et vétusté

Autre problème récurrent : la propreté. Certes, il s’agit souvent de la conséquence d’incivilités, mais tous ces bacs abandonnés sur les trottoirs, alors qu’il serait possible d’inciter les habitants à les rentrer dans des allées, dégradent l’image du quartier. “Le grand ménage, ils le font lorsqu’il y a des défilés qui descendent aux monuments aux morts”, s’amuse une habitante en parlant des services municipaux. Et pourtant, le propre attire le propre.

D’ailleurs, la campagne de ravalement des façades est descendue jusque dans la rue du Coq et ses voisines. Un rafraîchissement qui a fait du bien, même si à côté de certaines, des bâtiments abritent, là aussi, des logements plus que vétustes visiblement habités. Le permis de louer n’est pas encore arrivé jusqu’à Garibaldi-Gambetta.

Calme Saint-Jacques sur son piton

Il n’y a pas si longtemps, Saint-Jacques était considéré comme un village populaire bien vivant. Et puis les pompiers sont partis, leurs familles aussi et beaucoup de commerces ont fermé. Seul reste le boulanger-pâtissier de la place Saint-Cyr, Patrick Cadelard. Il va d’ailleurs bientôt prendre sa retraite, mais ouf, son ouvrier va reprendre le commerce. Ici aussi la dégradation des bâtiments a frappé de nombreux logements. Des plans de rénovation ont été lancés mais, regrette un habitant : “Ils ont fait appel à des investisseurs qui ont mis en location et du coup les locataires ont dégradé. Il faut installer des propriétaires occupants pour que le quartier reprenne vie.”

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GAMBETTA, PÈRE FONDATEUR DE LA IIIE RÉPUBLIQUE

CONTEXTE HISTORIQUE

Le commis voyageur de la République

Jeune avocat, Gambetta s’imposa sous le Second Empire comme un des chefs les plus populaires de l’opposition républicaine, jouant en 1869 un rôle déterminant dans l’élaboration du programme de Belleville. Le 4 septembre 1870, il fit proclamer la République aux côtés de Jules Favre et de Jules Ferry. Membre parmi les plus actifs du gouvernement de la Défense nationale, il réussit à quitter en ballon Paris assiégé par l’ennemi, afin d’organiser la résistance. Il ne put empêcher la défaite française et l’élection à Bordeaux d’une assemblée en majorité monarchiste. C’est en sillonnant ensuite les campagnes pour diffuser les idées républicaines – leurs défenseurs à l’Assemblée étaient essentiellement issus des grandes villes – qu’il gagna son surnom de « commis voyageur de la République ». Il vota ainsi les lois constitutionnelles de 1875, repoussant la coalition encore favorable à une restauration monarchique. Ses efforts furent récompensés par la victoire du camp républicain aux élections législatives de 1876 et à celles de 1877, consécutives à la dissolution prononcée par Mac Mahon. Président de la Chambre des députés de 1879 à 1881, Gambetta forma ensuite un éphémère grand ministère d’union républicaine – il ne dura que deux mois. Sa mort brutale en décembre 1882 symbolise la fin de la « République des fondateurs ».

ANALYSE DES IMAGES

Un portrait posthume

Bonnat exécuta ce portrait après la mort de Gambetta, à la demande d’un des admirateurs de l’homme politique, Joseph Reinach, qui le légua aux Musées nationaux en 1921. Il ne s’agit donc pas d’un portrait officiel, mais d’une œuvre où l’artiste a cherché à rendre la vie et le caractère d’une grande figure politique, encore présente dans les mémoires. Gambetta est représenté à mi-corps, les mains dans les poches, très vivant, prêt à haranguer les députés ou à convaincre des électeurs. Bonnat travailla d’après un cliché déjà ancien d’Etienne Carjat – il datait de 1870. Tout ceci explique sans doute pourquoi ce tableau diffère tant des portraits exécutés généralement par lui, beaucoup plus figés, dont l’intérêt se concentre sur la psychologie du modèle et qui, eux aussi, comptent parmi ses œuvres les plus célèbres : Thiers (1877)Victor Hugo (1879) et Le Cardinal Lavigerie (1888), tous trois conservés au musée national du Château de Versailles.

INTERPRÉTATION

Avec la mort prématurée de Gambetta – il n’avait que 44 ans –, la IIIe République perdit le principal artisan de son succès et l’un de ses plus brillants serviteurs. Voulant donner au parti républicain sa plus grande crédibilité auprès des Français, Gambetta avait construit un projet politique rassurant et viable, éloigné des souvenirs de la Terreur et des tentations révolutionnaires. Tout comme Jules Ferry, son ami et rival, son ambition allait au delà des urnes : fille des Lumières, la République devait également s’imposer dans les esprits. D’où son combat à l’encontre du cléricalisme.

Commandé trois ans après ses funérailles nationales, ce portrait participe en quelque sorte de la légende républicaine dans laquelle Gambetta est entré dès sa mort. Le transfert de ses cendres au Panthéon en 1920, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la IIIe République, n’a fait que la renforcer.

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Source:

https://histoire-image.org – Auteurs : Barthélemy JOBERT et Pascal TORRÈS (2016)

Emmanuelle Boillot (Midi-Libre 21.02.2020)

Laurent François (Midi-Libre 19.04.2021)