1979 Affaire Tommy Recco

Joseph-Thomas Recco,dit Tommy Recco, naît le 10 mai 1934 dans une famille de pêcheurs qui tient une poissonnerie à  Propriano.

Joseph Thomas Recco, dit Tommy Recco, détenu qui a passé le plus de temps dans les prisons françaises, est mort, jeudi 20 novembre 2025, à l’âge de 91 ans, à l’hôpital à Marseille, selon une source proche du dossier citée vendredi par l’Agence France-Presse (AFP). « Il est mort de vieillesse », a précisé le même interlocuteur, confirmant une information de France 3 Corse. (Source : http://www.lemonde.fr – AFP 21.11.2025)

Surnommé “Geronimo” (Un des protagonistes des guerres apaches, le dernier à continuer à se battre contre le Mexique et les Etats-Unis pour les droits des Amérindiens), Joseph-Thomas se fait plutôt appeler Tomi ou encore Tommy, prénom anglicisé pour mieux séduire les touristes étrangers qui acceptent d’aller avec lui pêcher la langouste.

Il fait partie d’une famille de onze enfants “dont sept ont connu un destin tragique : l’un est mort en bas âge, deux dans des accidents, deux ont été tués par balles, et deux autres ont été condamnés à de lourdes peines pour des meurtres”.

En 1959, à 25 ans, Recco est soupçonné dans la disparition de trois touristes allemandes. Placé en détention provisoire, il est par la suite remis en liberté puis bénéficie d’un non-lieu.

En octobre 1960, Recco assassine son parrain. Un mois plus tard, à la suite d’une dénonciation de son frère, il est arrêté et placé en détention provisoire puis condamné, en décembre 1962, à la réclusion criminelle à perpétuité.

Libéré en novembre 1977, il tue trois caissières à Béziers (Hérault) pour voler la recette en décembre 1979. Moins d’un mois plus tard, en janvier 1980, il assassine trois personnes à Carqueiranne (Var) à la suite d’un différend, dont une fillette de 11 ans. Interpellé le lendemain, il est placé en détention provisoire puis condamné, en juin 1983, à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de dix-huit ans pour ces deux triples meurtres. Depuis, il purge sa peine à la prison de Borgo, commune de la Haute-Corse.

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11.10.2024 – Pourquoi le tueur en série Tommy Recco, incarcéré depuis 44 ans, a été transféré de Corse dans une prison du Sud de la France?

Le tueur en série Tommy Recco, auteur notamment d’un triple homicide à Béziers, a quitté la Corse pour être incarcéré dans un centre pénitentiaire des Bouches-du-Rhône.

Le plus ancien détenu de France” a quitté le centre pénitentiaire de Borgo en Corse pour une prison située dans les Bouches-du-Rhône. Tommy Recco, de son vrai nom Joseph Thomas, a été déplacé au centre de détention de Salon-en-Provence, selon une information de Var-matindévoilée le 9 octobre 2024. Condamné à la réclusion à perpétuité au début des années 1980, le tueur en série a fait l’objet d’un transfert “sanitaire” au printemps dernier.

“Il a des problèmes de santé”

Cette mesure avait été décidée au printemps 2024 par l’administration pénitentiaire. “Il a des problèmes de santé liés à son âge” a indiqué au quotidien régional maître Alain Lhôte, avocat défenseur du détenu. Âgé de 90 ans, Tommy Recco a besoin d’un suivi médical qui nécessite une proximité avec un établissement hospitalier.

Un tueur récidiviste

En 1983, le tueur avait été condamné à une perpétuité incompressible pour le triple assassinat de caissières à Béziers en 1979 et un triple homicide à Carqueiranne en 1980. Il a toujours nié être l’auteur de ces crimes. Il avait cependant déjà été condamné à perpétuité pour le meurtre d’un garde-pêche Corse en 1962. Il avait fini par être libéré en 1977.

Enfermé depuis 1980, Tommy Recco a multiplié les demandes de libération qu’il s’est vu refusées à chaque fois. En juin 2023, il avait saisi avec sa défense, la Cour européenne des droits de l’Homme, pour dénoncer sa durée de détention de 44 ans.

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29.6.2023 – Mer, meurtres et malédictions : à la prison de Borgo, l’inflexible vieil homme et la “peine perpétuelle

En prison pendant soixante ans, Tommy Recco, 89 ans, a vu la justice rejeter toutes ses demandes de libération conditionnelle. Selon nos informations, ses avocats déposeront ce vendredi une requête devant la CEDH. «Libé» retrace, entre crimes et mystique, la vie «hors du commun» du détenu corse qui a toujours juré être innocent.

En tout, Tommy Recco a déposé 22 demandes de libération conditionnelle ou de suspension de peine pour raisons médicales depuis 2001. Sans succès. (Olivier Monge/Myop pour Libération)

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Affaire Recco : deux triples homicides, une tragédie qui a endeuillé Béziers et tout le pays

Les mots sont cinglants dans la une de Midi Libre du dimanche 23 décembre 1979 qui titrait : “De sang-froid”.

21.3.2014 L’un des plus anciens prisonniers de France, Thomy Recco, 80 ans, incarcéré à Borgo (Corse), a formé une nouvelle demande de libération conditionnelle qui doit être examinée ce vendredi 21 mars. Retour sur ses deux triples homicides, une tragédie ancrée à jamais dans la mémoire de tous, a endeuillé Béziers et révolté la France.

“Noël de sang, de larmes et de deuil pour les parents et les familles de trois employées du supermarché Mammouth de Béziers qui ont été froidement assassinées hier après-midi par un ou plusieurs malfaiteurs. Ce triple meurtre, commis pour quelques billets de banque, soulève l’émotion mais aussi la colère…”Réveil douloureux pour les Biterrois ce dimanche 23 décembre 1979, à l’heure du café-croissant. Les mots sont cinglants dans la une de Midi Libre qui titrait : “De sang-froid”.

La tuerie a bouleversé la région

Le 22 décembre 1979, en plein après-midi, à quelques jours de la fête de Noël, cette tragédie, ancrée à jamais dans la mémoire de tous, a endeuillé Béziers et révolté la France. Sylvette Maurel, 27 ans, caissière, de Béziers (cité Million) ; Renée Chamayou, 28 ans, employée du comptage, de Sauvian ; Josette Alcaraz, 27 ans, employée du comptage, de Poilhes, ont été retrouvées assassinées, chacune d’une balle dans la nuque, dans la salle de comptage de Mammouth (aujourd’hui Auchan), près du coffre. 670 000 francs (plus de 100 000 €) ont disparu. La tuerie a bouleversé la région. “Quand je suis arrivé sur les lieux du drame, raconte Philippe Catrice, ancien journaliste de Midi Libre, à l’agence de Béziers, je suis tombé nez à nez avec le commissaire principal Faure : il avait les pieds couverts de sang, une horreur !”.

Une horreur qui a révolté toute la ville

Une horreur qui a révolté toute la ville. Et rien, du côté des enquêteurs du SRPJ de Montpellier, pour calmer les esprits. Aucun indice si ce n’est l’expertise balistique. Jusqu’au massacre de Carqueiranne, dans le Var, près d’un mois plus tard. Gilles Le Goff, 45 ans, sa fille Sandrine, 11 ans, et un voisin, venu au secours de la fillette, qui avait appelé sa mère au téléphone en entendant “Papa se disputer avec le cousin de René”. Laquelle mère avait prévenu son voisin, qui était allé voir. Tué lui aussi comme le père et la fillette d’une balle dans la nuque.

Les six victimes de Béziers et Carqueiranne ont été tuées avec un même revolver

Le rapprochement est fait. Les experts lyonnais sont formels : les six victimes de Béziers et Carqueiranne ont été tuées avec un même revolver, un Smith et Wesson, calibre 38 ou type 357. Dès lors, Thomy Recco s’est trouvé peu à peu cerné. Une fois inculpé de la tuerie de Carqueiranne, après le coup de fil de la petite victime, une employée de Béziers, Mme Coste, s’est souvenue non pas de Recco mais de la société qui l’employait, la “Sporasub”. Elle avait commandé personnellement une combinaison de plongée pour son mari. C’est Recco qui devait la lui livrer le 13 juin 1979 sur son lieu de travail, à la salle de comptage, qui n’avait rien alors des salles sécurisées actuelles, où les employés venaient prendre leur café. La combinaison de plongée ne passant pas par la trappe de la salle, deux employées, Mme Lacaze et Mlle Chamayou lui ouvraient la porte…

Il les a froidement exécutées

Tout laisse à penser que Recco a vu là la bonne affaire. A choisi son lieu, son jour et son heure – un samedi après-midi, à trois jours de Noël, dans un supermarché – pour commettre le braquage. Tout laisse à penser qu’il ne voulait pas être reconnu par les trois otages. Il les a donc froidement exécutées. “Elles seraient peut-être en vie si elles avaient été mieux protégées ; il n’est pas normal de laisser les caissières aller et venir au milieu du public avec leur recette”, déclarait à l’époque des faits le Biterrois Guy Maurel, mari de l’une des victimes, Sylvette. Qui n’a jamais cessé son combat pour empêcher la libération de Recco.

“Chacun sent encore l’assassin tapi dans l’ombre de ses crimes”

Personne n’a oublié ce Corse qui a causé, pourtant bien des semaines après ses assassinats, un malaise étouffant dans la ville. Particulièrement à Mammouth où la gêne du début s’était transformée en véritable répulsion. Dans notre édition du 26 janvier 1980, nous écrivions : “Chacun sent encore l’assassin tapi dans l’ombre de ses crimes ; janvier qui est habituellement un mois creux accuse une baisse d’au moins 50 % des affaires sur le mois de janvier 1979”.

34 ans après, l’ombre est derrière les barreaux de la prison de Borgo (Corse), mais les atroces souvenirs de l’affaire Recco restent inextinguibles à Béziers.

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L’affaire Tommy Recco : la folie meurtrière

Tommy Recco, surnommé Geronimo à cause de sa chevelure, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commis successivement sept meurtres. Il est désormais l’un des détenus les plus âgés de France.

En 1960, Tommy Recco, 26 ans, né à Propriano, tire sur son parrain, garde maritime, puis l’achève à coups de crosse sur une plage proche de la ville. Cet homme l’avait surpris en train de pêcher à la dynamite avec son jeune frère, Pierre. Après une longue investigation, son frère ira le dénoncer à la police en décrivant les cris qu’il avait entendu lors de l’incident. Tommy Recco niera les faits pendant l’audience en clamant devant les jurés “il y a deux innocents dans le monde, le Christ et moi !”.

En 1962, il est condamné à la peine de mort. Pour des raisons inconnues, il sera gracié par le Général De Gaulle. Sa peine sera alors transformée en réclusion criminelle à perpétuité. Après 17 ans de détention, Tommy Recco s’est montré être un détenu exemplaire. Sa bonne conduite lui a permis d’obtenir une libération conditionnelle en 1977.

Six nouvelles victimes pour Tommy Recco

Il ne fallut pas attendre bien longtemps avant que Tommy Recco récidive et commette par deux fois un triple assassinat.

En 1979, il se rendit au supermarché Mammouth de Béziers. Trois caissières étaient en train de compter les recettes, lorsque celui-ci voulant s’emparer de la caisse, décida de les tuer toutes trois d’une balle dans la nuque.

Avant que les soupçons de la police ne viennent jusqu’à Tommy Recco, il fallut attendre la troisième affaire.

Un an après ce triple meurtre, trois personnes dont un enfant furent retrouvées inertes dans leur lieu d’habitation à Carqueiranne. Leur signalement avait été donné par un appel de la fillette de 11 ans peu avant qu’elle ne décède. Celle-ci avait appelé sa mère pour la prévenir que son père se disputait avec ‘’le cousin de René‘’. Grace à cet indice, les policiers ont pu remonter à la source. Le meurtrier ne pouvait être que Tommy Recco, celui que ‘’René’’ présentait régulièrement comme étant son cousin.

Ce dernier a d’abord reconnu les faits avant de se rétracter devant le juge d’instruction quelques jours plus tard. Il aurait voulu acheter une arme à feu au père de famille, celui-ci ayant refusé une dispute éclata ce qui alarma le voisin. Tommy Recco tua ces deux personnes de sang-froid. Pour masquer les preuves, il décida de tuer la fillette qui avait assisté au drame.

Les éléments à charge étaient si nombreux qu’une corrélation entre ces deux affaires n’a pas été des plus complexes. Après avoir vu la photo de Tommy Recco sur le journal, un retraité s’est présenté au commissariat et a déclaré que la personne responsable du triple meurtre de Carqueiranne était bien présente au supermarché Mammouth le jour de la tuerie. Par ailleurs, le même mode opératoire avait été utilisé; après expertises, les juges apprirent qu’il s’agissait bien de la même arme.

Pendant le procès, Tommy Recco nia toute implication dans ces affaires, il lança des accusations à tort et à travers et se revendiquait victime d’une ‘’ machination ‘’. Les experts psychiatriques le déclarèrent sain d’esprit, selon eux, c’est sa nature impulsive qui l’aurait poussé à commettre ces meurtres de sang-froid.

Ce multiple récidiviste fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

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Guy Maurel : “Si un jour Tommy Recco sort de prison, je l’attendrai de pied ferme”

Sylvette, la femme de Guy Maurel, est une des trois victimes de Tommy Recco à Béziers en 1979. (Midi Libre – Catherine Unac)

14.5.2023 Près de 44 ans après le drame, le mari de Sylvette, une des trois caissières éxécutée, s’est juré de ne jamais laisser tranquille l’assassin de sa femme.

Depuis le jour du drame, Guy Maurel n’a cessé de se battre pour la mémoire des victimes et utilisé tous les moyens pour empêcher Recco de sortir de prison à chacune de ses demandes de remise en liberté. Près de 44 ans après, les blessures toujours à vif, le mari de Sylvette, 73 ans, n’envisage pas une seconde de tourner la page.

Depuis 40 ans que Tommy Recco est incarcéré, vous avez systématiquement contesté ses 22 demandes de remise en liberté. Pourquoi ?

Parce que je me suis juré de ne jamais le laisser tranquille. Parce que j’ai un devoir de mémoire envers les victimes. Il a tué sept personnes, vous vous rendez compte ! Aujourd’hui, il a saisi la cour européenne des droits de l’homme car tous ses recours ont échoué.

Je me suis rendu plusieurs fois à la prison de Borgo, j’y ai rencontré plusieurs directeurs même. J’ai sollicité un parloir pour le voir et lui dire ce que je pense mais on ne me l’a jamais accordé.

Que voudriez-vous lui dire ?

Je lui dirais qu’il n’avait pas à faire ce qu’il a fait. Elles avaient droit de vivre ! Je lui dirais que je l’attendrai à sa sortie de pied ferme et que je ferai moi-même justice. Je sais que je serais condamné pour ça et que j’irais en prison car on n’a pas le droit de se faire justice soi-même, mais je m’en fous.

Vous savez, j’ai récupéré le corps de ma femme à la morgue un 24 décembre et le 25, le jour de Noël, j’avais son cercueil à la maison. Le 26 décembre, je l’ai enterré et je me suis retrouvé veuf à 29 ans avec une petite fille de 6 ans. Il a brisé la vie de ma femme, il a brisé la mienne et celle de ma fille. Elle a été très perturbée mais aujourd’hui ça peut aller. Elle est mariée, elle a un travail… Je crois que c’est plutôt moi qui aie besoin d’elle.

Il a aussi brisé des familles entières. Je pense à la famille Chamayou et Alcazar mais aussi à la famille Le Goff de Carqueiranne qui ont souffert et continuent de souffrir.

Renée Chamayou, la troisième victime

Avec Josette Alcaraz et Sylvette Maurel, Renée Chamayou est la troisième victime de Tommy Recco. Elle faisait des remplacements au Mammouth de Béziers. Ce samedi 22 décembre, elle travaillait à l’accueil. Comme ses deux autres collègues, elle a reçu une balle dans la nuque.

La jeune fille de 28 ans était originaire de Sauvian près de Béziers. Elle a laissé des parents et cinq frères et sœurs éplorés. Midi Libre avait suivi ses obsèques où un cortège de centaines de personnes l’avaient accompagné à sa dernière demeure.

Comment était votre femme Sylvette ?

On se connaissait depuis la maternelle. Elle avait un caractère adapté au mien. On allait de l’avant. On avait décidé de construire une maison. Malheureusement, elle n’aura vu que les fondations.

Selon vous, votre femme n’était pas dans la salle de comptage ce jour-là. Quelle est votre version des faits ?

Ma femme ne mettait jamais les pieds dans la salle de comptage. Elle restait dans le sas et passait sa recette dans le trappon. Recco a dû la trouver là et la tirer vers la salle de comptage. On a retrouvé un bout de sa chemise arrachée. C’est là qu’il l’a dû l’abattre. Je veux que cette vérité éclate.

Vous dites que votre fille aurait très bien pu aussi être tuée. Pourquoi ?

Ma fille avait l’habitude de rejoindre sa maman à la fin de son temps de travail, vers 13 h. Sa grand-mère l‘amenait voir sa mère et elle l’accompagnait pour déposer la recette. Ce jour-là, elle avait oublié son porte-monnaie, alors elle a fait demi-tour. Ce jour-là, elle est passé à travers. Recco n’aurait pas hésité une seconde à l’éliminer, comme il l’a fait un mois plus tard avec Sandrine Le Goff, la fillette de 11 ans, qu’il avait aussi froidement assassiné.

Aujourd’hui, Recco est le plus vieux détenu de France…

En prison, il est comme dans une maison de retraite, nourri, logé et soigné aux frais de la société. Je ne cherche pas à savoir dans quel état il est. Aujourd’hui, j’attends qu’il disparaisse à jamais.

Pourquoi ne pas essayer de tourner la page aujourd’hui ?

Je ne peux pas. J’irai jusqu’au bout. Je sais que les gens me prennent pour un fou parfois mais c’est parce qu’ils ne comprennent pas.

Henriette Alcaraz, la mère de Josette, est inconsolable depuis 43 ans

À bientôt 100 ans, la mère d’une des trois caissières du Mammouth tuée par Recco, raconte son “calvaire” depuis ce tragique 22 décembre 1979.

Le lecteur cassette est toujours posé sur la table de nuit de la chambre de Josette. Le papier peint marron aux motifs fleuris et le couvre-lit rouge ont un peu palis. Dans cette chambre figée depuis 1979, Henriette Alcaraz, 99 ans, n’a rien touché. “Cette blouse-là, le supermarché lui avait fourni quelques jours avant sa mort. Elle n’aura pas eu le temps de la porter…”, explique-t-elle après avoir ouvert la penderie. Elle désigne ensuite un carton fermé. “Ma fille préparait son trousseau. J’ai tout gardé”, confie la vieille dame courbée par le chagrin.

Henriette a sa chambre juste à côté de celle de sa fille à l’étage. À bientôt 100 ans, elle préfère monter le petit escalier tous les soirs au risque de tomber, plutôt que de dormir dans la pièce du rez-de-chaussée de sa modeste maison de Poilhes près de Béziers.

“Je suis à côté de la chambre de ma fille comme ça… On était très proches. C’était une jeune femme simple, pas exubérante”, raconte-t-elle émue aux larmes. Quand Josette est morte, Henriette s’est rendue au cimetière du village trois fois par jour pendant 11 ans avec son mari. “À la fin, on montait séparément car il ne supportait pas que je m’écroule devant sa tombe. Mon mari était un homme dur qui ne montrait rien, mais je l’ai surpris plusieurs fois en train de pleurer en cachette.”

Elle écrit à sa fille dans des carnets depuis 43 ans

Henriette a perdu son mari d’une crise cardiaque et son autre fille, d’un cancer, 11 ans plus tard. “Ma fille aînée n’a pas pardonné à Recco que sa sœur soit morte.” La vieille dame a eu son lot de malheurs au-delà de ce qu’une vie peut supporter. “La seule chose qui me fait tenir c’est l’affection de ma famille, de mes neveux et nièces, et des gens du village.” Pour vivre avec l’insoutenable, elle écrit dans des petits carnets, des mots doux de maman inconsolable à ses filles, depuis 43 ans. “C’est un peu comme si je leur parlais. Ça me fait du bien.”

En juillet, sa famille lui organisera une fête pour ses 100 ans. “Ils ont tellement insisté que j’ai fini par accepter. De toute façon, il n’y a plus de Noël, ni d’anniversaires, ni de fête des mères depuis bien longtemps pour moi. Je ne vis plus, je survis. Je suis comme amputée. J’attends… Mais ni le diable ni le bon Dieu ne veulent de moi. Le jour où je partirai, je ne veux pas que l’on pleure à mon enterrement. Car je serais contente de rejoindre enfin mes filles. Oh, ici je ne suis pas malheureuse, mais j’ai mes souffrances…”, dit-elle avec pudeur.

Ce 22 décembre 1979, elle y repense tous les jours. “Je me fais des tas d’idées. Je me pose tant de questions encore sur ce qu’il s’est passé.” Elle voudrait que Recco, le responsable de son “calvaire”, finisse ses jours en prison. “La seule chose positive dans cette histoire c’est que pendant 43 ans, il n’a tué personne.”


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Source :

https://www.liberation.fr – Julie Brafman 29.6.2023

https://www.midilibre.fr – David Pagès 21.3.2014 / Catherine Unac 14.5.2023 /
Théoline Cotentin 11.10.2024

https://www.grands-avocats.com – L’affaire Tommy Recco : la folie meurtrière

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