Adil Sfih condamné à 20 ans de prison
Le verdict vient de tomber après le meurtre d’un garçon sur fond de stups. Ses avocats ont fait appel.
21.12.2012 – Était-ce cousu de fil blanc? Si rien n’est jamais acquis en matière d’Assises, le comportement d’Adil Sfih, jugé pour le meurtre de Yassine El Guechati, le 10 mars 2006 à Béziers, a joué. Certainement. Car jamais, au cours des trois journées de son procès, le trentenaire n’a reconnu les faits. Quoi qu’il en soit, rien n’a convaincu les jurés. Lesquels, en début d’après-midi, ont suivi les demandes de l’accusation en condamnant l’accusé à vingt années de réclusion criminelle, assorties d’une interdiction définitive du territoire. Une peine inique pour la défense. Qui a donc décidé de faire appel.
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20 ans de réclusion requis contre Adil Sfih

L’avocat général : “Il n’a même pas le courage de ses actes.” (A. C)
21.12.2012 – Il est accusé du meurtre d’un garçon de 19 ans. Attrapé après trois ans de cavale, il nie toujours.
Au bal des faux-culs, il y avait du beau linge, jeudi matin à la cour d’assises de Montpellier. Le gratin du “un pas en avant, deux pas en arrière”, venu faire glisser ses talons sur les pavements de la cour d’assises de l’Hérault.
En la matière donc, ces singuliers danseurs n’ont pas déçu. Tous à l’unisson d’Adil Sfihn, niant le meurtre dont on l’accuse, malgré une accumulation de preuves accablantes. Entre silences, subites amnésies et contestations, même face aux dépositions qu’ils avaient pourtant paraphées à l’époque au terme de leurs auditions au SRPJ, ces témoins-là sont restés drapés dans leurs mensonges de bout en bout.
Parvenant même, chose assez rare, à faire sortir de ses gonds le président Mocaer. “Ce n’est pas possible que vous ne puissiez pas vous en souvenir ! Qui c’est que vous allez convaincre avec vos déclarations ? On est dans la fuite la plus totale ! Là, le numéro que vous nous faites, il est hallucinant !” Las.
Un homme “au comportement assez angoissant”
C’est donc entendu, face à un tel déni, “soit il y a des menaces, soit il y a des protections”, tempête, lui aussi depuis son banc des parties civiles, Me Abratkiewicz.
L’avocat lançant à l’accusé : “Je crois qu’il ne faut plus rien attendre, pas de ce procès, mais de vous. Vous ne passerez pas, monsieur !”. S’interrogeant ensuite sur le véritable mobile ayant conduit au meurtre de Yassine El Guechati, ce soir du 10 mars 2006, au pied de la rampe des Poilus, à Béziers.
“Il a été sacrifié ? Pourquoi ? La came ? L’argent ?”. Pour l’auxiliaire, la victime s’est trouvée “au mauvais endroit au mauvais moment avec la mauvaise personne”. Et a été abattue “avec une arme, pas n’importe laquelle, celle des voyous ! Et ce n’est pas une balle perdue qui est sortie du canon. À force de se moquer du monde, de la justice, à un moment, il faudra peut-être en payer le prix.”
Ce prix, l’avocat général Planchon le fixe à vingt ans de réclusion criminelle, assortis d’une interdiction définitive du territoire.
Une peine soupesée à l’aune d’un dossier dans lequel “tout accable” l’accusé. Un trentenaire sans papiers, finalement rattrapé en Italie en 2009, au terme d’une cavale de trois années. Un homme “au comportement assez angoissant, qui n’a même pas le courage de ses actes” et a développé “cette absence de perception des autres”.
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Béziers : coup de chaud pour meurtre de sang-froid à la chevrotine

Adil Sfih, trentenaire biterrois accusé d’avoir tué, d’un tir de chevrotine, Yassin El Guechati, alors âgé de 19 ans, ce soir du 10 mars 2006 au bas de la rampe des Poilus, à Béziers. (Croquis d’audience – Aline Champsaur)
Assises : Adil Sfih est jugé pour un crime commis à Béziers, au bas de la rampe de Poilus, le 10 mars 2006
20.12.2012 – Décidément, rien ne tient dans les explications servies par Adil Sfih. Ce trentenaire accusé d’avoir tué, d’un tir de chevrotine, Yassin El Guechati, alors âgé de 19 ans, ce soir du 10 mars 2006 au bas de la rampe des Poilus, à Béziers.
Car au-delà des multiples variations livrées par l’intéressé tout au long de l’instruction, hier encore, au premier jour de son procès devant la cour d’assises de l’Hérault, il est bien mal aisé de comprendre le cheminement de ce garçon.
Comment ce Marocain vivant sous le sceau de la clandestinité en est arrivé à basculer dans le crime. Pour, immédiatement, prendre la fuite. Vers les Pays-Bas d’abord, l’Italie ensuite, où il ne sera arrêté que trois années après le meurtre dont on l’accuse.
“On ne peut pas, à chaque question embarrassante, dire que l’on ne se rappelle plus.”
Le président Mocaer Et dont la genèse est à chercher dans ce local d’une association marocaine ayant pignon sur la rue Joffre. Un drôle de rade en fait, où l’alcool coulait ; où circulaient d’autres substances illicites en confortables quantités. Un estaminet borgne ne disant pas son nom, où se croisaient d’interlopes personnages.
Soit le lieu où, ce 10 mars en début de soirée, éclate une altercation entre plusieurs protagonistes, dont l’accusé. Lequel quitte la place pour mieux revenir, armé, puis ressortir, certainement pour cacher l’arme avant l’arrivée de la police, prévenue entre-temps. Embarqué au poste pour vérifications, Adil Sfih donne un alias avant d’être relâché, sans autre forme de procès.
Une vengeance ruminée
La suite ? C’est cette vengeance ruminée par Adil Sfih à l’endroit de sa future victime. Quel mobile l’entraînera-t-il dans le crime ? Besoin d’asseoir son autorité, différend financier… ? Difficile à dire. À prouver à tout le moins.
Chose certaine : une fois sorti du commissariat, Adil Sfih passe un coup de téléphone, va rechercher son arme avant de recroiser Yassine et de faire feu sur lui à une seule reprise. Lequel s’effondre, mortellement touché à la tête. Mais là encore, sur les faits, les propos de l’accusé oscillent entre approximations, hésitations, négations et amnésies.
Trous de mémoire
“Ah non, monsieur ! On ne peut pas, à chaque question embarrassante, dire que l’on ne se rappelle plus.” Mais encore : “On est toujours dans des choses impersonnelles.” Et aussi : “Faites attention. Mesdames et messieurs les jurés ne sont pas des imbéciles”, s’agace, mesuré, le président Mocaer face à ces volte-face.
“L’on ne peut pas tout le temps fuir”
Le président Mocaer Médecine légale et balistique, elles, ne mentent pas. “Aucun des tirs n’est compatible avec sa version”, précise le légiste. Et entendu, quasi à l’identique chez l’expert ayant étudié le fusil à pompe utilisé. “L’on ne peut pas tout le temps fuir, monsieur”, rappelle le magistrat.
Dans le box, l’accusé ne se départit pas de ce sang-froid dont il fait étonnamment montre. Depuis plus de trois ans maintenant.
Les débats se poursuivent aujourd’hui. Le verdict est attendu demain, vendredi.
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Source :
https://www.midilibre.fr – Jean-François Codomié 20.12.2012 / 21.12.2012 – 21.12.2012